Les astronomes ont identifié le système de jets le plus vaste alimenté par un trou noir observé à ce jour, désigné sous le nom de Porphyrion, s'étendant sur environ 7 mégaparsecs (Mpc), équivalent à environ 23 millions d'années-lumière. Cet immense flux bipolaire dépasse les précédents records, y compris celui d'Alcyoneus, et correspond à une extension linéaire d'environ 140 galaxies de la Voie lactée placées bout à bout. Les jets proviennent d'un trou noir supermassif résidant dans une galaxie elliptique massive (environ 10 fois la masse stellaire de la Voie lactée) située à un décalage vers le rouge correspondant à une distance de luminosité d'environ 7,5 milliards d'années-lumière. La structure s'est formée durant une époque où l'univers avait environ 6,3 milliards d'années (temps de retour ~7,5 Gyr), dans un environnement où la densité moyenne cosmique était de 7 à 15 fois plus élevée qu'aujourd'hui. Porphyrion présente une morphologie classique de type II de Fanaroff–Riley, avec des lobes bien définis, des jets, un noyau compact, un point chaud intérieur dans le jet sud, et un point chaud extérieur sud potentiellement associé à un retour de flux. Les observations radio à basses fréquences (principalement issues du LOFAR Two-metre Sky Survey à ~150 MHz, complétées par un suivi uGMRT et des données LOFAR à plus haute résolution) révèlent une émission de synchrotron provenant d'électrons relativistes dans un plasma magnétisé, alimenté par le noyau galactique actif central (AGN). La puissance cinétique des jets est énorme, estimée dans la plage de 10^{45}–10^{47} erg s^{-1} (des trillions à des dizaines de trillions de fois la luminosité bolométrique du Soleil), suffisante pour injecter d'énormes quantités d'énergie et de champs magnétiques dans le milieu intergalactique (IGM) et le vaste réseau cosmique. Ces flux s'étendent bien au-delà du milieu circumgalactique de la galaxie hôte, pénétrant des filaments et atteignant potentiellement des régions semblables à des vides, où ils peuvent chauffer le gaz intergalactique, supprimer les flux de refroidissement, moduler les taux de formation d'étoiles dans les structures environnantes, et contribuer à la magnétisation du réseau cosmique à des échelles de mégaparsecs. La découverte, basée sur une analyse systématique des données LOFAR (qui a catalogué plus de 10 000 sources radio étendues, y compris de nombreux systèmes de jets géants), démontre que de telles longueurs de jets extrêmes ne sont pas excessivement rares et que les jets relativistes peuvent maintenir une cohérence et une collimation remarquables sur des distances cosmologiques et à travers des environnements d'univers primordial plus denses, défiant les attentes des modèles d'instabilité magnétohydrodynamique. Cette découverte implique un rôle plus significatif du retour d'AGN via des jets géants dans la régulation de l'évolution des galaxies, du cycle des baryons, et des propriétés thermiques/magnétiques de l'IGM durant l'époque de pic de croissance des trous noirs et de formation de structures cosmiques. Référence : Oei, M. S. S. L. et al. Jets de trous noirs à l'échelle du réseau cosmique. Nature 633, 320–326